Hauts-de-Seine.net : Qu'est-ce qu'un ingénieur écologue et quelle est sa formation ?
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En général, il s'agit d'une formation universitaire niveau Bac + 5 en écologie (DESS). Mais il n'y a pas de formation spécifique, ni une réelle reconnaissance de cette spécialité. Actuellement, les profils sont variés.
Au niveau des termes, il faut distinguer l'écologue et l'écologiste. L'écologiste est un militant de la protection de la nature et de l'environnement, tandis que l'écologue est un scientifique qui a une connaissance poussée des milieux naturels.
HDS.net : L'Association française des ingénieurs écologues propose un code de déontologie, êtes-vous adhérent ?
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Effectivement, cela apporte une certaine reconnaissance du métier et permet aux professionnels de bénéficier d'un réseau d'informations mais il n'est pas nécessaire d'adhérer pour y avoir accès. Je n'ai pas fait cette démarche bien que mon parcours pouvait me permettre l'obtention du titre.
HDS.net : Quelles sont les missions de l'ingénieur écologue ?
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Son rôle est d'appliquer un savoir-faire en respectant la nature, en tenant compte des interactions entre les êtres vivants et leur milieu ainsi que des relations entre les êtres vivants entre eux. L'ingénieur écologue doit garder à l'esprit que toute action peut entraîner des difficultés ou un déséquilibre dans les cycles écologiques. Il s'agit de limiter les conséquences de l'intervention de l'homme sur le milieu naturel. Si l'on ne connaît pas ces conséquences, mieux vaut s'abstenir et appliquer le principe de précaution. Cela nécessite beaucoup d'humilité car l'homme a l'habitude d'être interventionniste. Or , le principe remet en cause de nombreux comportements.
HDS.net : Parlez-nous de votre parcours et de votre expérience ?
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J'ai fait quatre ans de formation en biologie des organismes et des populations puis deux ans pour le diplôme d'ingénieur en horticulture.
Après avoir exercé à Mulhouse, je suis entré au Département en 1997 pour travailler sur l'inventaire des espaces naturels sensibles (ENS). Il s'agissait d'identifier et de définir ces espaces, qu'ils soient végétalisés ou non bâtis, de repérer leur spécificité et leur potentialité pouvant induire la nécessité d'une protection. Ainsi, dans les Hauts-de-Seine, 2 741 hectares ont été répertoriés. Cela a nécessité une concertation avec l'Etat, les Communes, des établissements publics, des associations, voire même des particuliers. De nombreux critères sont pris en considération pour qualifier un espace d'ENS : la naturalité du site (faune flore et milieux naturels) et sa vulnérabilité (localisation, protection juridique, mode de gestion...). La position de l'espace peut être, par exemple, un élément majeur, si il occupe une place géographique stratégique pour l'instauration d'une liaison verte (à Vaucresson par exemple). Les études que nous avons engagées nous ont permis de prendre conscience de l'importance de la Seine après avoir constaté la rareté des espaces verts au nord du Département.
Dans les Hauts-de-Seine, c'est la forêt qui est le milieu naturel le plus représenté. Les milieux humides, reconnus comme une priorité nationale du fait de leur régression, sont beaucoup moins présents dans le Département mais ils font l'objet d'une attention particulière.
Le Schéma des espaces naturels sensibles a été adopté le 21 avril 2001 et sa mise en application constitue un travail de longue haleine.
HDS.net : Rencontrez-vous des difficultés dans l'exercice de vos missions ?
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Protéger la nature ordinaire dans un milieu très urbanisé n'est pas simple surtout avec la pression humaine qui s'exerce et qui va à l'encontre du projet naturaliste. Ce paradoxe est présent dans la loi de 1985 qui attribue aux départements le rôle de protéger les espaces naturels sensibles et de les ouvrir au public, principale compétence en urbanisme des départements.
HDS.net : D'où les ZNP dans les parcs.
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Oui, les zones naturelles protégées constituent un bon compromis qui répond à ce paradoxe.
HDS.net : D'autres obstacles ?
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L'outil financier prévu par la loi ne correspond pas aux enjeux financiers présents dans un département très urbanisé. Il s'agit de la taxe ENS qui s'applique sur les permis de construire depuis 1996 dans les Hauts-de-Seine selon le principe pollueur-payeur.
Les outils fonciers sont les zones de préemption sur les terrains identifiés comme étant des ENS. Mais il y a des conditions et des limitations strictes. Par ailleurs, les Hauts-de-Seine étant un département où le parcellaire cadastral est très complexe, c'est plus difficile à appliquer que dans un département rural.
Pour protéger un espace, les arguments doivent donc être de poids car il faut parfois faire face aux projets immobiliers.
Une autre difficulté vient du fait que les 2/3 des espaces naturels sensibles appartient à l'Etat (domaines, forêts, emprises ferroviaires....)
Cela nous a conduit à engager une démarche partenariale et à lancer une concertation auprès des Communes pour pouvoir s'appuyer sur d'autres outils tels que les Plans d'occupation des sols ou les Plans locaux d'urbanisme de celles-ci. Nous sommes aussi en relation avec la DDE, l'Office national des forêts, des associations (environnement 92, LPO, CORIF,...) et bien d'autres interlocuteurs. Depuis le printemps 2003, nous sommes en partenariat avec le muséum national d'histoire naturelle par une convention de trois ans dans le but d'inventorier la flore du département.
HDS.net : Comment est accueilli cette démarche auprès des communes notamment ?
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Souvent, nous recevons un bon accueil car nous apportons aux communes des arguments supplémentaires pour protéger certains espaces, notamment l'argument d'une continuité des espaces naturels et une vision plus globale de la gestion de ces espaces. Nous sommes souvent d'accord avec les communes sur les espaces à protéger. Il y a ensuite signature d'une convention ou d'un contrat avec les propriétaires ou gestionnaires de l'espace. C' est une démarche partenariale qui était novatrice au départ. Le Parc naturel urbain est conçu dans la même logique. Cela arrive cependant qu'il y ai une retenue au début de la discussion car les communes peuvent craindre que le département ne s'immisce dans la gestion de ces espaces. D'autant plus que nous ne pouvons pas toujours annoncer un objectif précis car il s'agit souvent de démarches expérimentales.
HDS.net : Il y a t'il d'autres intervenants extérieurs dans la réalisation de ces études, des maîtres d'ouvrage par exemple ?
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Oui, nous identifions des espaces où doivent être réalisées les études, nous établissons le cahier des charges, nous faisons un inventaire écologique global, nous identifions les enjeux et les objectifs avec des bureaux d'études qui disposent d'équipes pluridisciplinaires d'ingénieurs écologues. Ceux-ci vont travailler selon leur spécialité et réaliser une synthèse. Cela peut porter aussi sur des points très précis tels que l'étude des insectes des milieux humides.
HDS.net : Il y a donc une idée directrice au départ, arrive t-il que les résultats de l'étude ne correspondent pas à l'objectif de départ ? Comment d'une manière générale sont appliquées les conclusions de l'étude sur le terrain ?
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Le point de départ est une question ouverte posée au bureau d'étude qui doit réaliser un inventaire et nous apporter une orientation pour la gestion ou le choix d'une technique d'entretien des espaces naturels, d'un mode d'intervention, la définition, par exemple, d'un calendrier d'entretien pour respecter le cycle de vie des plantes et des animaux, etc. Nous pouvons à l'issue de cette étude établir un plan de gestion et nous sommes en relation avec les responsables nature de nos parcs pour l'application et le suivi de l'évolution sur le terrain.
Il arrive que nous ayons des surprises et que le résultat des études ne corresponde pas à ce que nous attendions. Cela a été le cas pour l'Ile Saint-Germain, le talus de Fontenay et le lac des Tilliers au parc des Chanteraines dont nous voulions faire une réserve naturelle. Les conclusions de l'étude leur ont attribué le qualificatif de " nature ordinaire ". Finalement la nature ordinaire s'est avérée être l'un des éléments forts dans la mise en oeuvre des ENS. Il s'agissait en effet de gérer la nature ordinaire en milieu urbain, de concilier esthétique et naturel, ce qui existe en Angleterre, Belgique ou Suisse mais était assez novateur en France.
Il y a eu aussi une surprise lorsque le long du tram du val de seine à Saint-Cloud, il a été découvert une source hébergeant une espèce protégée, le crapaud accoucheur.
HDS.net : Pour conclure, quelles sont, selon vous, les qualités professionnelles indispensables pour ce métier ?
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L'aspect relationnel est important. Il faut parfois être persévérant et savoir convaincre. Il faut aussi être patient.