Développement Durable : écoreponsabilité, protection de l'environnement, commerce équitable
Mercredi 03 décembre 2008

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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Discours de Monsieur Nicolas Sarkozy, Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire, Président du Conseil général des Hauts-de-Seine

Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir pour un événement : la création du Conseil départemental du développement durable. Il s’agit bien d’un événement car nous sommes parmi les premiers en France.

Monsieur le Préfet LEBLOND, Mesdames et Messieurs les membres du conseil du développement durable des Hauts de Seine, le C2D 92, je souhaite avant tout vous remercier d’avoir accepté de consacrer un peu de votre temps. Je veux tout particulièrement remercier Odile FOURCADE dont j’apprécie depuis plus d’un an l’engagement et l’efficacité sur tous les dossiers liés à l’environnement.  Les enjeux du développement durable sont majeurs même si le terme, un peu confus, a pu porter préjudice au débat.

 

A mes yeux, les défis prioritaires que nous devons relever demain sont au nombre de quatre.

Le premier défi est le réchauffement climatique. C’est une évidence, l’activité humaine a profondément perturbé l’équilibre de l’atmosphère. La concentration de gaz à effet de serre se traduira inévitablement par une augmentation des températures sur la surface de la terre de 3 à 6 degrés au cours des 100 prochaines années. C’est considérable. Dans certains pays la température pourrait augmenter de plus de 10 degrés. Nous ne savons pas quelles seront les conséquences induites. Certains évoquent l’inversion du Gulf stream, d’autres la migration d’espèces et des maladies qui les accompagnent. Dans tous les cas, la réduction des émissions de carbone est une priorité, en souhaitant que la recherche nous permette un jour de le capturer et de le stocker. Le protocole de KYOTO est une première étape, même si elle est nettement insuffisante. Au-delà du plan climat national, nous devons aujourd’hui, à notre niveau, réfléchir aux actions que nous pouvons engager localement.

Le deuxième défi est l’épuisement des ressources énergétiques traditionnelles. Il est avéré que les réserves conventionnelles de pétrole ne peuvent couvrir les besoins mondiaux après 2050. Et, il serait inconséquent d’imaginer les remplacer par des ressources plus polluantes comme la transformation du charbon.
Nous devons développer des énergies propres, des énergies renouvelables qui permettent de faire face à nos besoins comme à ceux des pays en pleine expansion comme la Chine et bientôt l’Inde. Je regrette de constater que la France, comme l’Europe, investit si peu dans la recherche de nouvelles énergies telles que l’hydrogène. Nous maîtrisons les technologies de l’énergie solaire, nous savons construire des maisons capables de générer leur électricité et de recycler leur eau, des maisons qui ne polluent pas. Rien n’est fait, ou si peu, pour développer ce type d’équipement. Il faut réengager un programme pour l’énergie nucléaire en France qui est l’une des énergies de masse les moins polluantes. Si tous les pays développés avaient fait le choix du nucléaire, comme la France, les objectifs de Kyoto seraient atteints.

Le troisième enjeu concerne les questions de santé et d’environnement. Force est de constater qu’il fallut des crises pour prendre conscience de cette réalité. Je pense naturellement aux cancers dus à l’amiante, aux cas de saturnisme, à la découverte de l’ESB ou encore à la dioxine. Les exemples sont nombreux où faute de connaissance sur les effets à long terme de certains produits, des drames ont été découverts.
Aujourd’hui, la France affiche un taux de cancer de 20 % supérieur à la moyenne européenne. 5 à 10 % des jeunes souffrent d’asthme généralement d’origine allergique. Les scientifiques européens estiment que 20 % des cancers sont dus à l’environnement. Certains scientifiques français vont jusqu’à 70 %. La pollution de l’air, la pollution de l’habitat, la présence de produits chimiques dans notre alimentation sont largement suspectés. Il existe 100 000 produits chimiques en Europe. Seuls quelques centaines ont fait l’objet d’études de toxicologie avancées.
A l’évidence, l’enjeu dans le domaine de la santé est la connaissance. Il ne faut pas interdire le progrès et ces nouveaux produits. Il faut se doter des moyens d’expertise pour réduire le temps entre leur mise en point et la connaissance de ses conséquences sur la santé. C’est un enjeu de santé publique.

La quatrième question concerne notre relation avec la nature. Je pense aux paysages, à la biodiversité ou encore à la gestion de nos déchets. Il est temps de passer à une logique de gestion d’une ressource plus équitable pour tous. Nos concitoyens qui vivent dans les grandes villes ou en banlieue doivent, eux aussi, pouvoir bénéficier d’espaces verts. 10 % de notre territoire est protégé par des réglementations très strictes, alors que le reste du territoire est laissé presque sans protections. Chaque année 10 000 espèces disparaissent. Et nous constatons combien les règles du commerce international ne permettent de protéger ni la nature, ni les hommes.

 

Dans notre département, ces quatre enjeux ont une acuité très particulière.

Si la plupart des indicateurs de pollution de l’air s’améliorent, les émissions de carbone principalement liées au transport ne cessent d’augmenter. 4 millions de véhicules se déplacent chaque jour dans notre département. La politique parisienne, décidée sans concertation avec les départements limitrophes, a des conséquences extrêmement négatives sur la pollution en banlieue. Nous savons tous qu’il ne suffit pas de réduire le nombre de véhicules, encore faut-il améliorer leur fluidité car rien n’est plus polluant que les embouteillages. Je souhaite que notre première priorité soit d’adopter le « plan climat » des Hauts de Seine pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et de nous adapter rapidement à l’épuisement des énergies fossiles traditionnelles.
Il est temps de mettre un terme à l’aveuglement et à l’inconscience. Le temps des voitures polluantes en ville est révolu. Il faut réfléchir à des alternatives. Je pense naturellement aux véhicules propres, aux biocarburants, à la pile à combustible. Je pense surtout au développement du transport collectif. La première priorité est d’augmenter nos capacités de transport et d’améliorer leur confort. Elle n’est pas de décider des mesures tarifaires ou d’interdire aux personnes de prendre leur véhicule sans leur offrir de solutions alternatives.
Dans le même esprit, l’urbanisme doit être repensé pour intégrer cet enjeu. J’ai demandé que tous les nouveaux bâtiments du Conseil général respectent les normes de la Haute Qualité environnementale (HQE). Nous devrons un jour faire le choix entre une urbanisation toujours plus extensive qui non seulement détruit des espaces verts mais impose des temps de transport très longs, et une urbanisation intensive où la densification ne rime pas avec la qualité de vie.

 

C’est tout un modèle de développement qu’il faut repenser. Un modèle qui réfute les affirmations selon lesquelles la croissance écologique est impossible. Je ne veux pas proposer à nos concitoyens un modèle de régression. Au contraire, il existe un cercle vertueux. L’écologie est un facteur de développement et le développement est un facteur d’écologie. Avec l’énergie solaire, les nouvelles constructions, le traitement de l’eau, le nucléaire, les nouvelles énergies, les véhicules propres, ce sont des marchés et donc des emplois qui s’ouvrent.
Imaginer ce cercle vertueux exige bien une rupture dans nos modes de pensée. Chacun comprend que cette rupture doit être partagée par tous. C’est un choix profondément politique. Le Conseil de développement durable des Hauts-de-Seine doit être le porte-parole de la société civile, je préférerais dire de la société dans son ensemble.
Je souhaite que le C2D 92 puisse donner son avis, y compris de sa propre initiative, sur tous les projets du Conseil général qui ont des incidences sur l’environnement. Vous aurez un rôle essentiel dans mise en œuvre de notre programme d’action : l’agenda 92.
J’attends que vous participiez à la révision du Schéma Directeur de la région Ile de France, le SDRIF. Les enjeux de l’urbanisme, du transport, du logement, de l’attractivité économique sont au cœur de vos problématiques. Vous êtes tous conviés à la prochaine conférence sur ce thème qui aura lieu au mois de décembre.
Enfin, je souhaite que vous puissiez nous apporter toutes vos idées, toutes vos innovations pour moderniser notre mode de décision.

 

Vous êtes connu, Monsieur le Préfet, pour votre engagement. Vous avez d’ailleurs choisi de prendre votre retraite en continuant à travailler à la présidence de la COFHUATT, la confédération française pour l’habitat, l’urbanisme, l’aménagement du territoire et l’environnement.

Je sais que c’est une tache délicate qui vous attend. Anne marie DUCROUX, Présidente du Conseil national de développement durable qui doit nous rejoindre, pourra vous faire-part de son expérience.
Nous avons voulu que le C2D 92 représente toutes les sensibilités. Il vous faudra donc trouver un consensus qui ne soit pas celui du plus petit dénominateur commun. D’ailleurs, j’ai toujours préféré les débats engagés et percutants. Il ne faut pas avoir peur de cette nouvelle démocratie, plus ouverte, plus libre. Une démocratie qui redonne toute sa place au débat politique.


Je vous remercie.

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publié le 10/10/2005
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